Le temps ? Il nous sera de plus en plus compté et même si la sagesse marxienne enseigne que l’histoire n’est pas une répétition, plus 2012 approche, plus elle tire sur le remake des années 1999-2000. Ces années-là, on se le rappelle, Konaré a dû mettre les bouchées doubles et a évité de donner l’impression de céder à la panique.
Pourtant, c’était évident qu’il avait besoin de plus de temps pour mieux finir une décennie dont les leçons imposaient des réformes passant par une révision constitutionnelle.
En vérité, cette réforme n’a pu être conduite à son terme non parce qu’à la dernière minute le locataire de Koulouba « avait renoncé à son projet de troisième mandat » mais qu’il a dû se rendre lui-même à l’évidence : il n’avait pas le temps à la fois de se pencher sur les graves convulsions de l’Adema de l’époque, peser sur sa propre succession, organiser l’élection présidentielle et faire un référendum constitutionnel.
Résultat : il fallut faire l’indispensable et l’indispensable n’était plus alors le projet de constitution proposé alors au Parlement par le gouvernement. Les trois dernières années du président Touré rappellent-elles vraiment celles du président Konaré ?
Il y a des différences : ATT n’a pas, comme Konaré, une crise à fragmentation de l’Adema qui constituait la majorité quasi hégémonique de l’époque et dont chaque secousse faisait trembler le pays. Il ne connaît pas encore, contrairement au binôme Konaré-IBK de crise ouverte avec son Premier ministre, à deux ans de son départ
Mais ATT a, lui aussi, un projet de révision constitutionnelle en vue, à partir du travail de la seconde commission Daba Diawara toujours pas rendu public. Or, pour éviter le sort du code de la famille, ce travail gagnerait à être diffusé, connu et approprié avant l’étape du parlement, même s’il y est susceptible d’amendements et qu’il serait de toute manière proposé au suffrage populaire. Si tout cela n’est pas fait avant la fin 2010, Touré comme Konaré, pourrait simplement envisager l’abandon de son projet.
Or, il ne faut pas sous-estimer l’ampleur de la mission. D’autant qu’ATT, à ce stade de son règne, est même plus suspecté, en tout cas par la presse, de travailler à son troisième mandat malgré les assurances verbales qu’il a données.
Procès d’intention, procès en sorcellerie, analyse rationnelle basée sur une observation minutieuse de faits et gestes ou simples pressentiments, la suspicion veut dire que le président sera fortement surveillé, tous les articles de la constitution décortiqués et les garde-fous multipliés contre toute légitimation de toute ou partie d’un hypothétique troisième mandat.
Ce sera le temps de la chicane et il se fera contre l’horloge constitutionnelle, donc au détriment du président qui aurait d’autres chantiers. Celui, en particulier, de bonnes élections, d’abord parce que tout le monde le sait, ce pays n’élit, plus il nomme, ensuite parce que le président de la République lui-même s’est déclaré et engagé pour un bon processus électoral, dans son adresse du 22 septembre dernier, et ce, dans des termes sans équivoque.
Le Ravec fournira la base du prochain fichier électoral, mais pour que celui-ci soit approprié par les formations politiques et audité par les techniciens indépendants, tout devrait être fait avant le second semestre 2011.
Après, nous sommes dans les aléas et les aléas de 2012 porteront à plus grande conséquence qu’en 2002 où la personnalité d’ATT prédisposa au consensus, la preuve étant que toutes les parties importantes à l’époque se sont retrouvées dans la majorité présidentielle.
2012 verra s’affronter, à quelques exceptions près, des candidats de la même génération, certains encouragés par l’aventure victorieuse des candidatures indépendantes –celle d’ATT en particulier- et d’autres déterminés à ne plus laisser la politique sortir de son orbite, c’est-à-dire les partis politiques qui s’assument comme tels et qui n’avancent pas masqués, et aucun des protagonistes n’étant prêt à cautionner des élections bananières, sauf peut-être si ça leur profitait personnellement, et encore !
Voilà pourquoi, il est important pour le pouvoir actuel de s’inspirer des deux dernières années de Konaré qui sont riches en enseignements et dont les plus importants sont : satisfaire le double devoir de vigilance et de bilan qui incombe à un chef de l’État dans son ultime mandat ; constamment évaluer le temps qui reste pour faire et bien faire ; vérifier la solidité des prémisses et des appuis. Pour le temps, la première chose à intégrer est que 2012 ne comptant pas car c’est l’année électorale, il ne reste que vingt quatre mois pour tout faire. Ce n’est pas beaucoup et chaque minute est vitale désormais.
Pour ce qui est des appuis, il n’y a, aucun doute que les partis et candidats issus du mouvement démocratique n’auront les yeux rivés que sur l’alternance à la tête de l’État le 8 juin 2012. Ils s’y prépareront, en conséquence, et il faudra beaucoup plus que le très vulnérable argument de l’harmonisation des mandats brandi par les « tazatchistes » locaux pour les ébranler. Impératif de paix sociale et politique aussi : tout pays, à ce tournant de son évolution, en a besoin.
Et le consensus re-convoqué, dans le discours, par ATT est, certes un must pour préserver le climat, mais il ne suffira. Konaré, deux ans avant son départ, avait, il est vrai, des problèmes politiques sérieux dans sa majorité.
Au plan économique, la situation n’était non plus terriblement pas brillante. Mais ATT aura ce problème, car s’il est possible de limiter les dégâts d’ici à la fin de son mandat, aucune solution miracle n’est en vue. De surcroît, il terminera avec deux problèmes que son prédécesseur n’avait pas : le Nord dans ses menaces actuelles y compris les risques de zizanie semés entre le pays et ses voisins ainsi que certains partenaires au développement.
L’alerte est sérieuse et doit être gérée et pas gelée. Il n’y avait pas, enfin, puisqu’ils doivent être appliqués par la France au plus tard en avril 2011, les fameux accords dits de régulation des flux migratoires. Ce n’est pas une donnée secondaire et sa solution, nous le savons tous, n’est pas simple. Mais, détrompons-nous, elle comptera.
Adam Thiam
Le Républicain du 05 Février 2010.
Dans la même rubrique :
- Insécurité récurrente dans la région de Gao
- Basket-ball : Coup double pour le Djoliba et le Réal
- Can 2012 : Premier faux pas d’Alain Giresse avec les Aigles
- Le procureur Sombé Théra :“La collecte d’indices graves met en cause certains responsables”
- Inauguration du "Diafarana Kô"
- Economie : Jemeni en faillite
- Passage au tout numérique dans l’audiovisuel en 2015
- 22 septembre 2010 : M. Moussa Traoré assistera au défilé civil et militaire
- Protocoles d’accord gouvernement - syndicats d’enseignants
- Lancement du mois du cinquantenaire à Logo Sabouciré
- Econonmie : Polémique autour du crédit de TVA
- Affaire des étudiants doublement inscrits à l’IUG
- Candidature Adema à la présidentielle 2012
- Foot : Aigles, Cap Vert-Mali
- Visite de Kofi Annan
- Exclusif foot : Les Aigles à Praia, la liste des joueurs retenus


